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Néoruraux
Témoignages
Marie-France Gauthier et Marc Bujold
Propriétaires du Restaurant Les Retrouvailles
Ste-Sophie-de-Lévrard
De Laval à Mont Tremblant à Ste-Sophie-de-Lévrard : pour la simplicité de la vie
Originaires de Laval, nous avons passé douze ans à Mont-Tremblant en gestion hôtelière. On travaillait pour d’autres : Marc en tant que chef et moi au service et développement de la clientèle. Quand on s’est installé dans les Laurentides, le Mont Tremblant comptait mille habitants. Aujourd’hui, avec les résidences secondaires, c’est 30 000 personnes qui vivent dans les alentours. On s’était dit qu’on décamperait la journée où pousserait un feu de circulation et c’est ce qu’on a fait. Professionnellement, on avait fait le tour. Pour notre famille, on voulait que les enfants connaissent autre chose, vivent d’autres valeurs. La vie dans un milieu voué au tourisme y est un peu fausse et compétitive. Aujourd’hui, leurs voisins ne sont plus des gens blasés qui ont tout.
Notre spécialité étant d’ouvrir des restaurants et de les gérer, on s’est dit pourquoi pas le nôtre? On cherchait un endroit passant, le long de la route 132. Par hasard, on nous a offert un restaurant dans un petit village de moins de 800 personnes, dans les terres. C’était un bon défi : depuis plusieurs années, les locataires et les fermetures se succédaient. Mais en même temps, il y avait tout à faire et ça c’était séduisant : transformer le menu, introduire une cuisine évolutive et des produits frais, mettre en valeur les produits locaux.
Au début, il y a eu un peu de résistance. On ne change pas les habitudes tout d’un coup, au village comme à la ville. Mais on y arrive et la clientèle apprécie. Les gens viennent de loin pour notre bouffe : de Trois-Rivières ou de Victoriaville, sans publicité.
Notre installation est un mélange de « Petite Séduction » et de « Donnez au suivant ». Le maire du village croyait à notre vision. Pour lui, il n’était pas question de voir cet immeuble barricadé juste en face de l’église. Il nous a fourni un support génial pour notre projet d’entreprise. Les citoyens également : un jour qu’on rénovait, un villageois qui avait remarqué le changement de couleur, a cogné à la porte pour nous offrir son aide et ses pinceaux. Bénévole ! Pas le genre de truc qu’on verrait à Tremblant.
Pour nous, l’intégration a été facile. Je donne des ateliers de cuisine pour les jeunes à l’école primaire et je suis impliquée sur le comité d’organisation du premier Festival des cinq sens. Pour nos enfants, c’est autre chose. Ils se sont fait de nouveaux copains mais leurs activités ont changé. Celles qu’ils avaient l’habitude de faire n’existent pas au village. C’est à une bonne distance et à des heures pas trop pratiques pour des restaurateurs. Notre jeune fils est encore un peu perturbé du changement.
Ici la vie est simple et les services sont tout près : la poste, l’école, la mairie. Tout le monde se connaît, la surveillance se fait toute seule et on se sent en sécurité. C’est sûr, il y a des odeurs, trois fois par année. Mais la vie y est tellement moins guindée. Ce qu’on aime ? Cette simplicité de la vie.
Agnès Dupriez
Grande-Entrée
Iles-de-la-Madeleine
Du bitume montréalais au vent des Îles-de-la-Madeleine
La vie urbaine offre toutes sortes de bons côtés et avec un peu de bonne volonté, on réussit à se créer un réseau de commerçants qui finissent par nous reconnaître, à trouver une école pas trop immense au sein de laquelle chaque enfant a un nom, un quartier où les voisins acceptent de vous faire un signe de tête et parfois même de vous parler de la pluie et du beau temps. Mais le matin, dans la circulation, on se sent un peu comme une fourmi, une parmi tant d’autres, qui va faire son boulot. Alors on s’évade dans sa tête et on rêve d’une île dont on pourrait faire le tour en marchant, d’un village où les gens se connaissent et se saluent, d’une école où l’on entre et que chacun puisse vous dire où se trouve votre enfant, sans que vous ayez besoin de vous présenter. Pendant deux ou trois semaines estivales, si on part à la découverte de ce rêve, il peut arriver que l’on rencontre un capitaine pêcheur qui vous prend dans ses filets et que l’on y soit si bien que l’on n’a plus envie de les quitter. Il faut dire que pêcher sur le bitume, c’est pas terrible, pas qu’il manque de paniers de crabes, mais convenons qu’ils n’ont pas la même saveur.
Je me suis donné un an pour découvrir cet autre monde, cette culture, cette façon de vivre et puis j’ai recommencé à travailler, d’abord à contrat à la Chambre de commerce puis comme agente de développement rural au Centre local de développement. Et depuis, je n’ai plus une minute à moi. Mais lorsque je pars ou lorsque je rentre du travail, je ne me sens plus comme une fourmi mais plutôt comme un oiseau, avec l’espace dont j’ai besoin pour respirer librement. Six ans plus tard, je suis toujours bien ici avec l’impression d’être arrivée à bon port.
Il fût bien sur nécessaire de m’adapter mais qui ne connaît pas de difficultés, quel que soit son lieu de vie ou de travail ? S’adapter tout d’abord au vent, omniprésent jusqu’à en devenir lancinant et même agressant. Premier automne, début novembre, cinq jours de vents de 100 km/heure avec des rafales jusqu’à 140km/heure, la maison tremble, les fenêtres vibrent, impossible de se promener, l’excès d’air est étouffant, asphyxiant. Deuxièmement, apprendre un peu la patience : vous cherchez un condiment à l’épicerie, mais il n’y en a pas. Inutile de faire le tour de l’archipel en râlant, l’épicier va le commander et cela arrivera par le prochain bateau. Troisièmement, lorsqu’on a la mauvaise habitude bien française de dire clairement ce que l’on pense, la gaffe est garantie. Il vaut mieux connaître l’arbre généalogique de chacun et celui de ses voisins et c’est là que l’on comprend l’utilité de l’appellation qui paraissait folklorique « d’Antoine à Roger à Azade. »
Les avantages du village ? Ils sont nombreux mais surtout reliés au fait que la communauté dans laquelle on vit est à dimension humaine, en distance, en nombre de résidents, de commerces. Les relations sont donc bien humaines avec les bons et les mauvais côtés. Un palabre, une rumeur se répand à la vitesse du vent et peut parfois faire plus de tort qu’un coup de couteau dans le dos. Mais en contrepartie, plus besoin d’abonnement à un service d’assistance routière car il y a toujours un bon samaritain qui s’arrête pour vous donner un coup de main. La vie est telle qu’on se la fait, vide ou occupée, calme ou trépidante, que cela soit au centre-ville ou dans un village. C’est à chacun de choisir ce qui lui convient le mieux.
Isabelle Lodge
Événements Lodge
Danville
Née et retournée dans son village
Je suis née à Danville, un village d’environ 4000 habitants. À 17 ans, j’ai quitté la province pour poursuivre mes études. En 2001, je suis revenue au Québec, mais pas dans mon petit village ! J’avais 19 ans et je voulais vivre en ville. À Montréal. En 2003, j’ai de nouveau quitté la province pour poursuivre mes ambitions en marketing en Ontario. J’ai terminé mon deuxième diplôme d’études collégiales en poursuivant un stage dans l’Ouest Canadien. Après cela, m’ennuyant finalement un peu, je suis revenue à Danville et j’y ai trouvé un emploi d’été.
Cet emploi était génial car l’entreprise encourage la jeunesse en région. En deux ans, j’en ai appris beaucoup et ce boulot d’été représente le début de mon indépendance. Il m’a apporté la confiance et surtout, m’a donné la chance de connaître mon patelin… avec qui je suis tombé en amour.
Mais comme si je n’avais pas encore déjà assez bougé… je suis partie sac sur le dos pour l’Europe. De retour d’un voyage inoubliable et épanouissant, j’ai décidé de vivre à Danville et pour cela d’y créer mon emploi, l’emploi de rêve. J’ai démarré une entreprise en planification d’événements !
Ce qui me surprend le plus concerne les ressources régionales et l’appui de ma communauté. WOW ! Si j’étais à Montréal, je ne serais qu’un numéro, une autre qui rêve en couleurs. Pas dans mon village. Le conseil municipal m’appuie ; les services aux entreprises tel que le Centre local de développement me soutiennent ; les médias me supportent et surtout, mes ami(e)s et ma famille sont derrière moi. En moins d’un an, j’ai réussi sans publicité à décrocher un lot de contrats.
Est-ce que je m’ennuie de la ville? Parfois, il m’arrive d’y penser, surtout s’il est question d’activités culturelles ou d’heures d’ouverture des magasins. Mais j’apprivoise mon milieu et je fais avec les contraintes inhérentes à la vie au village. En fin de compte, je crois que je participe plus aux activités culturelles de ma région que lorsque je vivais en ville. C’est moins dispendieux et, en prenant le temps de lire le journal local et en parlant à tous, je réalise qu’il y a plein à voir et à faire en campagne.
Marie-Josée Tardif
Journaliste & conseillère en potentiel humain
Waterloo
Vive Internet et nos nouvelles vies réinventées ! Étant née dans le beau village de St-Pacôme de Kamouraska, entre les Appalaches, la rivière Ouelle et le St-Laurent, je crois que j’ai reçu la marque indélébile de la campagne dès les tous débuts. Au départ de ma vie d’adulte, j’ai cherché inconsciemment à m’installer le plus loin possible des zones urbaines, dès que cela m’était possible. C’était une question d’espace, de silence, de respiration… Puisque j’avais aussi les fourmis du voyage, j’ai longtemps eu la bougeotte ; j’ai vécu quelques années en Saskatchewan et en Angleterre. Encore là, j’ai réussi l’exploit de mener une carrière passionnante, tout en vivant loin, très loin de la maison mère de Radio-Canada, mon principal employeur pendant une bonne partie de ma vie.
Puis, est arrivé un moment où, d’inconscient qu’il était, ce besoin de me plonger au maximum dans un cadre de vie sain s’est transformé en nécessité absolue. « Sarvam annam », dit-on en Inde. « Tout est nourriture. » La qualité de vie – la « nourriture » sur tous les plans - que je retrouvais au sein des petites communautés entourées de verdure est alors devenu ma priorité. Mon travail allait donc désormais s’articuler autour de ce choix et non l’inverse.
Je ne trouve que des avantages au village. Je dirais que ce qui me plait le plus, en-dehors du contact avec la nature, c’est le fait que les gens se sourient et se saluent encore quand ils se croisent au bureau de poste, à l’épicerie ou sur le trottoir.
L’un des facteurs principaux ayant facilité l’application de mon choix est sans contredit l’arrivée d’Internet, ainsi que l’apparition de nouvelles technologies de plus en plus accessibles au commun des mortels (comme la haute vitesse, les appareils d’enregistrement MP3 et les logiciels de montage maison). Une véritable révolution pour la journaliste libre en moi !!! Désormais, je peux pratiquement tout faire grâce à mon fidèle Mac trônant fièrement au centre de ma table de travail, entre deux brassées de lavage, la soupe aux légumes qui mijote doucement dans la cuisine, entourée de mes deux chats, écoutant le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles dans le jardin de mon « antre » rurale.
Vive le télétravail !
Patrick Reduron
Immigrant, néo-rural et … Charlevoisien !
Mon nom est Patrick Reduron et je demeure dans la charmante région de Charlevoix, à 150 kms de Québec. Je suis originaire de Marseille que j’ai quittée en 1994 pour m’établir tout d’abord à Montréal. Après une couple d’années passées dans la métropole, j’ai déménagé pour m’établir sur la rive sud de Québec, à Lévis.
Cela fait maintenant 3 ans que je réside à La Malbaie. Je travaille maintenant pour le Carrefour jeunesse emploi de Charlevoix –Côte-de-Beaupré, dans la magnifique Baie-Saint-Paul. Le plus gros de mon travail consiste à sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat… Le défi est passionnant, tellement il est grand! Je m’explique : comme pour bien des régions rurales du Québec, les jeunes s’en vont et, déjà on entrevoit des problèmes de relève alors que le faible taux de création d’entreprises dans notre région fait cruellement défaut.
Pourtant, la région est magnifique : paysages de moyenne montagne, vue imprenable sur le fleuve, variations des couleurs de la nature tout au long de l’année …. C’est comme si je voyageais au gré des saisons, sans pour autant sortir de la région.
Bien que la région ait depuis 12 ans un CÉGEP, les jeunes ont tendance à aller faire leurs études à la ville, en général à Québec, mais nombreux sont ceux qui ne reviennent pas.
Moi, qui ai toujours vécu à la ville du jour de ma naissance jusqu’en 2003, je ne me suis jamais senti aussi bien qu’à la campagne, ou plutôt que dans cette campagne : Le rythme de vie est tranquille, il n’y a pas de pollution (la région fait partie de la biosphère mondiale de l’UNESCO), c’est le plein accès à la nature, en hiver comme en été, les gens sont simples et accessibles, même si c’est aux nouveaux arrivants de faire les premiers pas…
Après avoir vécu un premier choc entre la culture provençale et la culture montréalaise, j’ai eu, de 2003 à 2005, l’impression de revivre une autre période de transition, proche de l’immigration: j’étais en territoire inconnu, je n’y connaissais personne, si ce n’était celle que je venais rejoindre ici. Il a donc fallu non seulement que je reconstruise mon réseau social, mais aussi que je me réadapte à un nouveau mode de vie…. Mais ça se fait bien lorsque vos capacités d’adaptation ont déjà été mises à l’épreuve et qu’on prend le temps… de prendre le temps. |
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